Programme redevabilite

2026

Actualités

Participer sans être élu : comment les citoyens peuvent influencer l’action publique ?

Archives La participation citoyenne parfois confondue avec le devoir civique du vote embrasse un champ beaucoup plus élargi avec ses mécanismes qui permettent aux citoyens d’influencer l’action publique de manière significative, même sans mandat électif. Pour explorer cette thématique, nous avons dans une série d’interview reçu Rigobert Orou Ganni, Président du Conseil d’Administration de l’ONG Social Watch Bénin, une organisation dédiée à la promotion de la bonne gouvernance et de l’engagement citoyen à travers le contrôle citoyen de l’action publique. Programme Redevabilité : Monsieur Orou Ganni, la participation citoyenne est souvent associée uniquement au vote. Quelle est votre vision de la démocratie participative au Bénin au-delà des élections ? Orou Ganni : La participation publique ne saurait être réduite au seul acte de vote. Une telle vision reste incomplète. Certes, le Bénin, à l’instar de nombreuses nations, fonctionne sous un régime de démocratie représentative. Mais de plus en plus d’acteurs, notamment Social Watch Bénin, plaident pour un approfondissement de cette démocratie à travers une approche participative, jugée indispensable à une gouvernance plus inclusive, transparente et efficace. Dans cette perspective, en s’appuyant sur les travaux de Loïc Blondiaux, la démocratie participative peut être comprise comme « l’ensemble des dispositifs et des démarches visant à associer les citoyens aux processus de décision publics et politiques ». Elle dépasse donc le simple choix des représentants pour promouvoir une implication active et continue des citoyens dans les affaires publiques. Ainsi, la participation citoyenne recouvre l’engagement des populations à toutes les étapes de l’action publique : de la définition des priorités à l’élaboration des politiques, en passant par leur mise en œuvre et leur évaluation. Elle mobilise divers mécanismes — consultations, concertations, budgets participatifs ou encore cadres de dialogue — qui renforcent la place et l’influence des citoyens dans les décisions qui impactent leur quotidien et celui de leurs communautés. Programme Redevabilité : Vous distinguez plusieurs niveaux d’engagement citoyen. Pourriez-vous nous les détailler ?          2.Orou Ganni : Absolument. Pour mieux cerner l’étendue de l’engagement citoyen, on peut distinguer quatre niveaux progressifs de participation, qui traduisent un degré croissant d’implication des citoyens dans la gestion des affaires publiques : L’information : il s’agit du socle de toute participation. Les autorités ont le devoir de communiquer de manière claire, accessible et transparente sur les projets, les budgets et les décisions publiques. Une information de qualité permet aux citoyens d’être éclairés et de se positionner en connaissance de cause. La consultation : à ce stade, la parole est donnée aux citoyens. Leurs avis, préoccupations et propositions sont recueillis sur des projets ou des orientations. Même si la décision finale revient aux autorités, cette étape permet d’intégrer les attentes de la population en amont. La concertation : ici, le dialogue s’approfondit. Les contributions citoyennes ne sont plus seulement collectées, elles sont discutées et réellement prises en compte dans le processus décisionnel. Il s’agit d’un échange structuré visant à rapprocher les points de vue et à construire des solutions partagées. La co-décision : c’est le niveau le plus abouti de la participation. Les citoyens prennent part directement à la décision aux côtés des autorités. Ces dernières s’engagent à respecter et à mettre en œuvre les choix issus de cette collaboration, traduisant ainsi un véritable partage du pouvoir. Ces différents niveaux illustrent une évolution allant d’une participation informative à une participation pleinement active, où le citoyen devient un acteur à part entière de l’action publique. Programme Redevabilité : Quels sont les outils concrets de participation citoyenne disponibles au Bénin qui permettent aux citoyens d’influencer l’action publique sans être élus ?           3.Orou Ganni : Au Bénin, les citoyens disposent de plusieurs leviers concrets pour influencer l’action publique, souvent avec l’appui d’organisations de la société civile telles que Social Watch Bénin. Ces mécanismes participent au renforcement du contrôle citoyen et à une meilleure mise en œuvre des politiques de développement, notamment au niveau local. La participation aux sessions du conseil communal : même si les citoyens n’y disposent pas toujours d’un droit de parole formel, la publicité de ces sessions permet une présence citoyenne qui exerce une pression positive sur les élus. Cette veille citoyenne incite les autorités à plus de transparence et de responsabilité. Les redditions de comptes : elles constituent un moment clé de redevabilité, où les autorités élues présentent leur bilan, exposent les difficultés rencontrées et répondent aux préoccupations des populations. Ce cadre favorise un dialogue direct et constructif, orienté vers la recherche de solutions aux défis locaux. L’évaluation citoyenne des services publics : cet outil permet aux usagers d’apprécier la qualité des prestations offertes (santé, éducation, eau, etc.). À travers des cadres de dialogue structurés, ces évaluations débouchent souvent sur des recommandations concrètes et des réformes consensuelles. Le budget participatif : il s’agit d’un mécanisme particulièrement structurant, qui permet aux citoyens de décider de l’affectation d’une partie des ressources communales. Au Bénin, ce processus a déjà produit des résultats tangibles, comme la réalisation d’infrastructures sanitaires et sociales dans certaines localités, preuve de l’impact direct de l’implication citoyenne. Le suivi citoyen des investissements publics : des comités locaux, souvent appuyés par des OSC, assurent le contrôle de la qualité et de la conformité des infrastructures en cours de réalisation. Ce suivi permet de prévenir les malfaçons et de garantir la durabilité des ouvrages publics. La prise en compte des aspirations citoyennes dans le budget national : à travers des initiatives portées notamment par Social Watch Bénin en collaboration avec les institutions publiques, les priorités exprimées par les citoyens sont progressivement intégrées dans les orientations budgétaires nationales, renforçant ainsi l’adéquation entre politiques publiques et besoins réels. Dans l’ensemble, ces dispositifs traduisent une dynamique croissante de participation citoyenne au Bénin, où les populations ne se contentent plus d’observer l’action publique, mais y prennent part activement.   Programme Redevabilité : Pourquoi est-il insuffisant de limiter l’implication citoyenne aux seules périodes électorales ?         4.Orou Ganni : Limiter l’implication citoyenne aux seules périodes électorales constitue une vision réductrice, voire contre-productive, de

Actualités

Fonds de Soutien aux Initiatives de Redevabilité(FoSIR) : 38 organisations soutenues pour renforcer la redevabilité au Bénin

Archives   Le vendredi 27 février 2026, l’hôtel Azalaï à Cotonou a accueilli la cérémonie officielle de signature de contrats et de remise de chèques aux bénéficiaires du premier appel à propositions du Fonds de Soutien aux Initiatives de Redevabilité, le FoSIR. Cette rencontre a réuni les organisations de la société civile bénéficiaires, la délégation de Coopération Suisse au Bénin, les partenaires majeurs du programme, les partenaires techniques et financiers ainsi que les autorités politico-administratives. À travers cet événement, le Programme Redevabilité franchit une nouvelle étape dans le renforcement de la redevabilité sociale et de la gouvernance participative au Bénin. Un fonds au service de la redevabilité sociale Mis en place depuis 2016 lors de la première phase du Programme Redevabilité, le FoSIR soutient les initiatives citoyennes qui favorisent la transparence, la responsabilité publique et l’amélioration des services sociaux de base. Prenant la parole, Gabriella Spirli la Cheffe de la Coopération de la Suisse au Bénin a rappelé que ce fonds participe à mettre en relief les interpellations citoyennes auprès des porteurs de responsabilités. Elle a souligné que la transparence et la participation citoyenne sont des piliers indispensables pour renforcer la confiance entre institutions et citoyens et améliorer la qualité des services publics. Elle a également indiqué que pour la période 2025-2027, un financement de plus de deux milliards de francs CFA est prévu pour les appels à subventions. Cette enveloppe confirme la volonté de la Suisse d’accompagner le Bénin dans l’ancrage durable d’une gouvernance participative. La cérémonie a été une occasion pour les responsables du Programme Redevabilité de revenir sur les étapes qui ont conduit à la sélection des projets et sur les exigences liées à leur mise en œuvre. Camille YABI, Chef d’équipe adjoint du programme a présenté le processus du premier appel à propositions du FoSIR. Il a rappelé les différentes étapes du mécanisme depuis la réception des dossiers jusqu’à la sélection finale des projets retenus. 213 dossiers ont été reçus, passés au peigne fin selon des critères précis et ont abouti au choix des 38 porteurs sélectionnés. Parmi ses derniers, 13 OSC ayant déjà bénéficié du Fosir sur la phase 2 et 25 nouvelles OSC. Cette démarche s’appuie sur des critères précis afin de garantir la qualité des initiatives soutenues et leur contribution effective à la promotion de la redevabilité dans les services publics.  Les organisations sélectionnées interviennent dans des domaines liés aux droits économiques et sociaux, notamment l’eau, la santé, l’état civil et l’éducation. Ces secteurs sont au cœur des attentes des communautés et constituent des axes prioritaires pour la redevabilité sociale. La Cheffe de Coopération a salué la qualité des projets retenus et encouragé les bénéficiaires à assurer une gestion responsable et rigoureuse des ressources financières mises à leur disposition. Elle a rappelé que l’appui du FoSIR ne se limite pas à une subvention financière. Les organisations bénéficieront également d’un accompagnement par des experts et des coachs afin de renforcer leur gouvernance interne et leur gestion technique et financière. Le service financier a aussi présenté les modalités de partenariat et quelques éléments du guide de gestion des subventions. Cette communication visait à assurer une compréhension commune des règles de gestion financière, des obligations de reporting et des principes de transparence qui encadrent l’utilisation des fonds. Plusieurs points d’attention ont été rappelés aux organisations bénéficiaires. Les porteurs de projets devront notamment assurer la transmission régulière des rapports techniques et financiers, respecter les procédures de validation des activités et maintenir un dialogue constant avec l’Unité de Gestion du Programme. Les partenaires ont également été invités à partager les documents clés liés à la mise en œuvre de leurs projets, notamment les termes de référence des activités, les rapports d’études et les supports de communication. Cette coordination vise à garantir un suivi continu des actions et à assurer la cohérence des interventions menées dans le cadre du programme.   Un instrument de transformation reconnu par l’État Procédant au lancement officiel des activités des différents projets objet du partenariat, Jacques Richard CODJO, Secrétaire général adjoint du Ministère de la Justice et de la Législation, a souligné que le FoSIR ne constitue pas une simple structure financière mais un instrument de transformation. Selon lui, ce mécanisme crédible et efficace s’inscrit dans la dynamique des actions gouvernementales visant à promouvoir la transparence, la responsabilité et la confiance dans l’action publique. Il a rappelé que le rôle des organisations bénéficiaires sera déterminant pour garantir que les ressources mobilisées produisent des résultats tangibles, visibles et durables au sein des communautés. Il a invité chaque acteur à agir avec responsabilité et esprit de collaboration afin que ce fonds devienne un véritable levier de progrès pour la nation. La cérémonie s’est poursuivie par un moment symbolique marqué par la signature officielle des contrats entre le Programme Redevabilité et les organisations sélectionnées. En soutenant 38 organisations engagées dans l’amélioration des services publics, le FoSIR  renforce le rôle de la société civile comme acteur clé de la gouvernance au Bénin.    Rédigé par Eugène DEGUENON  

Retour en haut